Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre

Oubliez que ce livre a obtenu le prix Goncourt (même si nous sommes contents pour l’auteur). Lisez-le avant tout pour ce qu’il est : une formidable parabole de la nature humaine, dans ce qu’elle a de meilleur mais aussi de pire…

 

Précisons un point crucial : même si le début du roman se situe dans les derniers jours précédant l’armistice de 14/18, cet ouvrage a surtout pour sujet le sort souvent injuste réservé aux poilus qui n’avaient pas eu le bon goût de mourir en héros.

Je me suis rendue compte avec ce titre que j’avais des poilus une vision qui relevait totalement de l’image d’Epinal (à ma décharge, et pour ceux qui en douteraient, je n’étais pas née en 1918 !!!). Pour moi, les tranchées dans leur quotidien horrible, étaient indissociables de valeur comme le courage, la bravoure, l’entraide et la fraternité, valeurs dont je parais allègrement tous les combattants.

Là Pierre Lemaitre nous remet tout bien à plat. Je vous brosse un portrait des trois personnages principaux.

Henri d’Aulnay-Pradelle : véritable ordure (il n’y a pas d’autre mot), malheureusement pour ses troupes, il occupe un poste de lieutenant. Alors qu’à quelques jours de l’armistice, les sodats français et allemands se contentent d’attendre dans leurs tranchées respectives que les grands de ce monde leur permettent de fuir cette horreur et de retourner à la vie civile, il n’hésite pas, dans l’espoir de porter un dernier et glorieux fait d’armes à son actif, à tuer deux de ses soldats. En imputant ces deux morts aux allemands de la tranchée d’en face, il convaincra sa troupe de venger leurs camarades et par là même de prendre une dernière position à l’ennemi pour la gloire.

Albert Maillard : poilu de base, pas du genre à avoir inventé le fil à couper le beurre, est cependant un gars honnête qui a le malheur de découvrir l’acte odieux d’Aulnay-Pradelle. Lequel, en retour essaiera de l’assassiner en l’enterrant vivant dans un trou d’obus. Albert à lui seul incarne le mot fraternité, et pour porter secours à son prochain et, notamment à Edouard qui l’a extirpé de son trou, il sublime sa peur en accomplissant des actes héroïques qui peuvent l’entrainer à des années lumières de son éthique personnelle… 

Edouard Péricourt : en sortant Albert de son trou d’obus, il croise la trajectoire d’un morceau d’obus qui lui emporte la moitié du visage (il n’y a pas de justice en ce bas monde !!!). Soutenu par Alfred, il s’en sortira mais fera croire à sa mort afin, entre autres, d’échapper à son père, notable qui n’a jamais accepté l’homosexualité de son fils…

Un bonheur ne venant jamais seul, après en avoir bavé des ronds de chapeaux à la guerre, Edouard et Albert ne se retrouvent pas mieux lotis lors de leur retour à la vie civile. Tandis que d'Aulnay-Pradelle, lui, s'en sort évidemment très bien. Parce que la guerre a bouleversé la vie de millions d'êtres humains, mais pas les inégalités sociales, loin s'en faut !!!

Auteur de romans policiers à la base, Pierre Lemaitre nous entraine avec ces trois personnages (et des personnages secondaires sculptés au couteau) dans un récit palpitant où les intrigues et les rebondissements s’enchainent dans une parfaite maîtrise. Le ton est incisif, sans concession, parfois cruel, souvent émouvant.

En tout cas, un bel hommage à tous ceux qui sont allés se battre la trouille au ventre, qu’ils aient eu la chance d’en réchapper ou pas…

 

Corinne

 

 

Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre, Albin Michel 2013

Disponible en version numérique depuis notre page Ressources en ligne

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Tuesday 24November 2020

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