Mathilde Payen : “Les histoires naissent de notre imagerie personnelle”

Mathilde Payen fait partie des invités du Week-end à buller, festival de bande dessinée qui se déroulera à la bibliothèque Oscar Niemeyer les 3 et 4 octobre. Notre magazine Raymond est allé à sa rencontre...

En 2013, elle fonde TETRA, une maison d’édition proposant aujourd’hui un large catalogue allant de la bande dessinée au jeu de tarot, en passant par l’estampe originale. Pour rendre plus accessibles les techniques d’impression dites traditionnelles, Mathilde Payen utilise un support pauvre, issu de la grande distribution, le tetra-pak (intérieur de briques de lait) qu’elle grave à la pointe fine. Ses sujets sont parfois sombres (Des cris au bord du lac) et ses personnages souvent tourmentés (Teenager forever, Fatality). Son trait est acéré, comme tatoué sur le papier. Mais ses couleurs, même passées, sont lumineuses. Les enfants peuvent apprécier ses gravures aux encrages vitaminés dans son premier album jeunesse réalisé en collaboration avec Iris Pouy, Les animaux de Palm Springs (L’Agrume, 2020).

 

Raymond : raconter une histoire en gravure, est-ce différent ?

Mathilde Payen : Il y a une dizaine d'années, un professeur des beaux-arts m'a dit que bande dessinée et gravure étaient incompatibles. Parce que la gravure était une pratique académique, noble, alors que la bande dessinée était plus populaire. Un autre m'a aussi dit que les filles ne pouvaient pas faire de la bonne bande dessinée (super). C'est à partir de là que j’ai commencé à raconter des histoires en gravure et à militer pour une approche accessible de cette technique via mon association Tetra. Pour moi, peu importe le niveau de dessin, la technique ou la forme, tant qu'il y aura des histoires à raconter !

 

R. : De l’image ou de l’histoire, lequel vient en premier ?

M. P. : Pour moi, c'est comme l’œuf et la poule... Que ce soit conscient ou non, les histoires naissent de notre imagerie personnelle. Les livres, les films, les expositions, le quotidien, notre entourage... deviennent une bouillie d'images et d'histoires potentielles : il n'y a plus qu'à piocher dedans ! Et plus concrètement, j'ai sur mon ordinateur une grosse banque d'images que j'accumule depuis des années et des fichiers textes avec des débuts d'histoires. Cela me permet d'avoir une base de réflexion pour commencer un projet !

 

R. : Vous avez publié récemment un album pour les enfants, Les animaux de Palm Springs (L’Agrume, 2020). Comment ce projet est-il né ?

M. P. : Avec Iris Pouy, on avait envie de travailler ensemble depuis longtemps. On s'est retrouvé à après-midi chez elle, on a bu du thé et on n'a pas quitté le bureau avant d'avoir eu une idée. On a commencé par faire plein de croquis, mettre sur le papier tout ce qui nous passait par la tête. Et dès que quelque chose nous faisait rire, on creusait dans cette voie-là !

 

R. : Quel.le.s auteur.e.s ou illustrateur.rice.s vous ont le plus influencée ?

M. P. : J'ai surtout été influencée, dans le fond, par la culture indé, que ce soit par le fanzinat ou par la musique lo-fi / antifolk. D'abord il y a la liberté de s'autoproduire, de n'avoir aucune contrainte, aucune censure, mais il y a surtout le partage avec le public, les échanges lors d'événements intimistes. C'est ce qui me pousse à continuer à faire de toutes petites éditions cheap, des ateliers gravures et de publier les copains qui n'osent pas se lancer. Mes influences : Kimya Dawson, Jeffrey Lewis, John Broadley, Sophie Dutertre, Benoît Jacques, et toute la pelletée de fanzineux que je croisais au Off d'Angoulême ! Par la suite, j'ai eu quelques coups de foudre : Daniel Clows, Debbie Drecshler et Yeo-Sik Hong.

 

R. : Quels sont vos projets en cours ?

M. P. : Je travaille en ce moment sur une bande dessinée pour adulte, à la plume et en gravure. Elle devrait sortir d'ici un an et demi ! Mais pour le moment, je préfère garder tout ça secret !

 

R. : Quel livre rêveriez-vous de réaliser ?

M. P. : Je suis fan de zombies alors j'aimerais beaucoup faire un livre de zombies ! Et j'espère le faire un jour !

 

Pour rencontrer Mathilde Payen en vrai de vrai, rendez-vous les 3 et 4 octobre à la bibliothèque Oscar Niemeyer ! A découvrir aussi dans Raymond, tout un dossier consacré à la gravure dans l’illustration BD et jeunesse.

 

Propos recueillis par Cécilia Le Metayer

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Mercredi 23Septembre 2020

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