Quels livres pour les enfants ?

La France dispose d’un des paysages éditoriaux les plus riches du monde en matière de livres pour enfants. Les collections sont nombreuses, les productions d’une extrème diversité, les maisons d’éditions multiples, qu’elles appartiennent à de puissants groupes comme Hachette jeunesse, Gallimard ou Bayard jeunesse, ou soient indépendantes et de taille beaucoup plus modeste comme les éditions MéMo, Rue du Monde ou Sarbacane.
L’intérêt croissant depuis quelques dizaines d’années pour la lecture et sa pratique chez les enfants et les jeunes, la préoccupation liée à l’échec scolaire, mais aussi la conscience mieux répandue de l’importance des mots et des histoires pour le développement de l’imaginaire dès la toute petite enfance ont joué un rôle déterminant dans le développement spectaculaire de l’offre de livres pour enfants depuis les années 80.

Jamais trop tôt !

Les livres pour les tout-petits, bien avant l’âge de la première scolarisation, offrent leur richesse et leurs surprises : imagiers traditionnels ou décoiffants, comptines rythmées, rires, larmes, consolations, aventures du quotidien: se lever, aller à la crèche, découvrir la maison, les autres, soi-même, c’est l’aventure quand on a un an ! Tous petits livres qui tiennent au creux des mains, grands formats qui s’ouvrent comme un théâtre, papier fin, fort, plastifié, cartonné… Les livres s’offrent aux touts petits dans toute leur sensualité, et l’on sait à quel point la fréquentation des histoires, des phrases construites et du registre de la langue écrite, la permanence magique des pages qui tournent et que l’enfant de moins d’un an peut maîtriser, ouvrir et fermer selon son désir et son plaisir, comptent dans le développement de l’imaginaire et du goût des mots et le devenir du futur lecteur.
Le partage de moments privilégiés autour d’un livre avec un parent, un proche, une puéricultirce, une nounou peut constituer un des ces moments « trésor » que l’enfant gardera toute sa vie en lui.

Les albums : la caverne d’Ali baba

Quand les petits grandissent, ils trouvent dans les albums des histoires drôles, graves ou poétiques, parfois ancrées dans le quotidien – l’école, la famille, les copains, la ville, les joies et les peines, tantôt dans les contes, les cultures d’ici ou d’ailleurs... Ils trouvent des mondes et des rêves, des regards sur les autres, des itinéraires de vies dont ils peuvent se nourrir.

Qu’ils sachent déjà lire ou qu’ils écoutent une lecture à voix haute en regardant les images, les enfants peuvent ainsi rencontrer des styles, des options littéraires riches, des jeux subtils entre images et textes ; ils goûtent des univers d’artistes - français ou étrangers-  rencontrent des techniques multiples (du feutre au crayon, de la sanguine à l’aquarelle ou à la peinture à l’huile, de la photographie aux images de synthèse). Ils perçoivent des parentés et des familles artistiques. Les images jouent avec les pages, se conjuguent aux textes, suscitent une lecture riche qui fait sens. Quelques exemples : Claude Ponti et son univers vivant et délirant, Betty Bone au style graphique si pur (lien sur dossier pédago), Antoine Guilloppé et ses « dentelles » dessinées, (lien sur « Plein soleil » dans « Enfance »), Quentin Blake et son impertinence si sensible, Nathali Novi et sa palette de couleurs flamboyantes… Les adultes, qu’ils soient parents ou non, enseignants, animateurs éducateurs devraient plus souvent s’offrir le plaisir de fouiller dans la forêt des albums, en librairie ou bien sûr en bibliothèque : la collection d’albums des bibliothèques du Havre est la plus riche de la région…

Pop up et hop !

Courant dynamique au sein des albums : les livres « pop up » offrent fenêtres, tirettes languettes et 1000 procédés ingénieux qui fascinent petits et plus grands tant les réussites graphiques et dynamiques  sont étonnantes. Des livres animés existaient déjà au XIXè siècle ; depuis quelques années, élégants, désopilants, superbes, ils surprennent et ravissent. A titre d’exemple,  « ABC 3D », de Marion Bataille (Albin Michel Jeunesse) a fait le tour du monde…

Et le numérique ?

Le numérique fait irruption dans le livre pour enfants : Gallimard Jeunesse, par exemple, propose des applications autour des « Contes illustrés » : Les trois petits cochons et Cendrillon… Hervé Tullet crée « Un livre » (Bayard jeunesse), et « Un jeu », numérique qu’on peut utiliser sur tablette, tissant ainsi des liens riches entre les deux mondes réunis par un beau graphisme.

Romans : le vent en poupe

Les romans sont le genre qui rencontre depuis quelques années le plus vif succès. Très courts textes accessibles dès la lecture maîtrisée au début de l’école élémentaire, ce sont alors des histoires toniques, souvent ponctués d’images qui créent une ambiance et accélèrent la « tourne » des pages.

Puis viennent les romans historiques, psychologiques, aventures, policiers, humour, histoires d’amitié, de familles,  (dans des collections comme « Neuf » à l’Ecole des loisirs, « Rageot romans », « Folio Junior » ou « Hors piste » chez Gallimard) ou encore rééditions de « classiques » (en de nombreuses collections de poche) chaudement recommandés par les enseignants.

Par ailleurs, les séries de romans « spécial filles », « spécial cheval » ou « foot » (comme les collections ‘fooot » ou « les filles du grand galop » chez Bayard jeunesse), les séries à la construction et aux personnages récurrents (« Club des cinq » et « Fantomette » pas morts !) proposent des lectures légères. Les styles d’écritures, longueurs et complexité de textes sont donc très divers, permettant de cheminer selon ses goûts et ses capacités.

Et pour les grands ?

L’évolution et l’extension de la place de l’adolescence–qui commence de plus en plus tôt et dure de plus en plus longtemps - a beaucoup joué ces dernières années dans le développement de romans d’apprentissage et de romans porteurs de regards graves sur notre monde, les crises et écueils de la vie, les problèmes sociaux. Black Moon (Hachette) et des collections comme «Scripto » (Gallimard Jeunesse), « DoADo » (Le Rouergue), « Macadam » (Milan), « Exprim’ » (Sarbacane) en témoignent.

La fantasy : ça déchire !

Est-ce en contrepoint de cette gravité et des réalités parfois très dures présentes dans ces romans – et dans le monde ? L’essor fulgurant de la fantasy, venu à la suite de la « pottermania », (Gallimard Jeunesse a vendu 26 millions de volumes de la fameuse saga en sept tomes imaginé par J. K. Rowling, saga qui totalise 400 millions de ventes dans le monde) a changé les contours des « romans pour la jeunesse » : de multiples histoires se déroulent sur plusieurs volumes de centaines de pages et nourrissent le goût d’une littérature d’évasion chez les jeunes, et parfois aussi les jeunes adultes : les frontières se brouillent de plus en plus fréquemment entre littérature dite de jeunesse et littérature, cela avec la complicité des éditeurs… .

Ces succès sont, il est vrai, soutenus et entretenus par des films à l’impact international et de puissantes machines commerciales. Sorciers, dragons, puis vampires, « chick lit » et dystopie (mettant en scène des jeunes devant survivre dans une société totalitaire) sont dévorés, y compris par des jeunes qu’on pensait « faibles ou non lecteurs »…

Lire pour comprendre ? Les livres documentaires

L’information est disponible sur le web, immédiate et pléthorique : la curiosité personnelle ou les besoins para scolaires empruntent désormais en premier lieu les chemins électroniques.

Cependant, le livre documentaire conçu avec soin, dans une cohérence et une lisibilité satsifaisante, des choix iconographiques efficaces et réussis, constituent toujours une ressource qui aide les enfants et les jeunes à construire solidement un savoir, organiser des connaissances et repérer les principaux modes d’acquisition d’informations.

Histoire, art, vie en société, nature, techniques, environnement, philosophie, les collections de livres documentaires pour la jeunesse évoluent, prennent en compte dans leur conception le contexte actuel de l’information. Elles se dotent de réalité augmentée dans certains cas (encyclopédie Dokéo. Comment ça marche, ? Nathan), travaillent particulièrement la qualité esthétique, (qualité de papier, soin typographique), font appel à d’excellents auteurs et illustrateurs qui apportent au livre documentaire une atmosphère et un ton particuliers, humour, poésie, et mèlent asssez fréquemment fiction et documentaire, (« Archimède » à l’Ecole des loisirs,  « Chouette penser » chez Gallimard) proposant alors des livres qui se distinguent des collections banales, répétées, clonées depuis des années, qui elles ne résisteront sans doute pas très longtemps à la vague numérique.

 

 

Crédit image: © jannoon028 - Fotolia.com

 

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Lundi 23Octobre 2017

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